Taxis vs VTC : l’Uberisation a du bon, vive l'innovation !

EntrepreneuriatGérer mon Auto-Entreprise Par Gregoire Leclercq, Président de la FEDAE - Posté le 25 juin 2015 - Consulté 9249 fois

Depuis plusieurs semaines, le conflit entre les chauffeurs de taxi et les conducteurs UberPop s'envenime. Mais à entendre les résumés qui en sont fait dans les médias, il semble que tout soit mélangé et que les enjeux soient peu compris.


Un chauffeur VTC dans son véhicule 

 

Quelques explications de vocabulaire

Les artisans taxis représentent une des principales parties du débat. L’activité de taxi est réglementée en France et contrainte : il faut avoir à sa disposition un véhicule autorisé qui possède notamment un taximètre et un signal lumineux. Le nombre de licences (c'est-à-dire de droits d’exercer et de stationner) est contingenté et leur rareté leur donne donc une valeur très élevée à la revente. Bien logiquement, les propriétaires de ces licences ont intérêt à ce que la rareté soit maintenue, mais il faut noter que lors de leur première attribution, elles ont été délivrées gratuitement. Depuis octobre 2014 les licences délivrées sont temporaires et incessibles, ce qui finira par changer la donne…

Viennent ensuite les VTC (voitures de transport avec chauffeur), appelées à l’origine voitures de grande remise. Elles proposent un service analogue à celui des taxis sur le plan du transport mais la prestation doit être réservée à l’avance. Les voitures sont similaires à celles des taxis mais elles n’ont pas de lumignon apposé sur le toit et ne peuvent pas stationner sur les emplacements réservés aux taxis, ni utiliser les voies de bus ou celles réservées aux Taxis. Comme les taxis, ceux qui les conduisent ont une entreprise, sont déclarés auprès de l’URSSAF, et payent des charges.

 

Et les diplômes ?

Pour être artisan taxi, il faut être détenteur du certificat de capacité professionnelle, qui implique d'avoir le permis de conduire, un casier judiciaire vierge de tout délit routier, être formé aux premiers secours, et enfin passer quatre épreuves (sécurité routière, gestion, réglementation…)

Pour devenir VTC il faut être détenteur d’une carte professionnelle, qui implique d’avoir le permis de conduire depuis plus de trois ans, avoir une attestation d'aptitude physique délivrée par le préfet, être formé aux premiers secours, et enfin suivre une formation professionnelle d'au moins 250 heures au coût de 3000 à 5000€. 

On le voit la différence sur les compétences est bien mince… En terme d’assurance, les exigences sont les mêmes pour les deux modes d’exercice.

 

Quel service ?

Les taxis peuvent utiliser la voiture de leur choix comme taxi, alors que les VTC doivent avoir une voiture «de luxe» (moteur d'une puissance supérieure à 120 chevaux, entre 4 et 9 places, avoir moins de 6 ans et offrir un confort et des aménagements intérieurs haut de gamme).

Les grandes compagnies de taxi (Taxis G7, Taxi bleus, Alpha taxi, Taxi radio Marseille, Allo taxi Lyonnais, Taxi 13..) offrent des services plus ou moins haut de gamme pour la réservation en ligne, la tarification à l’avance…

Les grandes compagnies de VTC (Chauffeur-Privé, Allocab, SnapCar, Uber, Navendis) misent elles sur le paiement à l’avance, l’accueil personnalisé et élégant, le wifi gratuit et les chargeurs smartphone, les bonbons offerts ou encore le café et le libre choix de sa station de radio…

 

Uber : illégal ?

Uber est une entreprise américaine qui développe et opère des applications mobiles de mise en contact d'utilisateurs avec des conducteurs. Ce n’est pas une entreprise de transport. Uber a mis sur le marché trois applications :

  • Uber : pour l’utiliser, il faut être détenteur d’une carte professionnelle et donc posséder une voiture de tourisme haut de gamme. De nombreuses entreprises de VTC l’utilisent.
  • UberX : c’est la version économique d'Uber : pour l’utiliser, il faut aussi être détenteur d’une carte professionnelle mais on peut avoir un véhicule moins luxueux. Le prix de la course est réduit.
  • UberPOP : c’est la version qui fait débat depuis ses débuts puisque qu’il s’agit à la base d’une forme de covoiturage urbain. N’importe quel particulier pouvait exercer avec l’application. Vu son succès et le nombre de commandes grandissant, nombreux sont les chauffeurs amateurs à y avoir proposé des courses. Si à l’origine, l’idée du covoiturage urbain n’était pas mauvaise, UberPOP est finalement très vite devenu concurrent discount des taxis et des VTC. Face à la colère des taxis, Uber a renforcé les conditions pour devenir chauffeur UberPOP début 2015 en imposant entre autre d’être autoentrepreneur et de passer un test de sécurité routière. Il ne demeure pas mois que ces chauffeurs ne détiennent pas la carte professionnelle de transport de personne, ce qui les rend coupable d’exercice illégal d’un métier réglementé. Les courses sont tout de même déclarées et le chauffeur règles des cotisations prélevées sur son chiffre d’affaires.

 

Les discours flous des syndicats de taxis

La situation illégale des particuliers qui utilisent UberPOP est en réalité un prétexte en or pour les taxis. On le voit en ce matin du 25 juin : ils manifestent et molestent assez violemment les conducteurs VTC toutes applications et tous régimes confondus. Pour eux, et quoiqu’en disent leurs porte-paroles, tous les VTC sont à mettre dans le même bain.

Les arguments sont toujours les mêmes :

  • concurrence présumée déloyale à cause du prix de licence qu’ils ont du payer et que les autres ne payent pas
  • amalgame facile entre tous les chauffeurs non taxis
  • concurrence liée au régime autoentrepreneur qu’ont souvent les VTC face aux artisans taxis sont rares à avoir pu opté pour, étant donné l’emprunt important qu’ils ont fait pour payer leur licence…

On en arrive ainsi à un discours flou et choquant des patrons de syndicats. Alain Griset, président de l’Union nationale des taxis, « comprend donc les violences » des chauffeurs de taxi qui se font justice eux-mêmes pour « répondre aux provocations d’Uber, entreprise gérée par des voyous, qui font du terrorisme économique ». Et refuse de condamner sans ambigüité les violences. Et face aux artisans taxis qui tendent une embuscade aux chauffeurs VTC (dont on ne sait même pas s’ils sont en règle), aux cris de « j’ai la haine, c’est la guerre », Alain Griset valide ! Les yeux du journaliste qui l’interroge suffisent à décrire sa consternation (http://www.europe1.fr/emissions/la-question-qui-fache/uber-on-a-a-faire-a-des-voyous-1358774).

Donc, pour résumer, les artisans taxis, avec la bénédiction d'Alain Griset, président de l’Assemblée Permanente des Chambres de Métiers et lui-même chauffeur de taxi, caillassent les véhicules de leurs concurrents, montent des embuscades et organisent des échauffourées : bref, ils font respecter la Loi dans un état de droit en bravant toutes les règles du code pénal !

 

La Loi du marché

Mais ce que les taxis ne veulent pas voir, c’est l'évolution instaurée par les nouveaux concepts et plébiscitée par la population. Ce qui s'impose désormais, c’est l’expérience utilisateurs, c’est l’ergonomie agréable d’une application qui a su séduire, c’est l’honnêteté d’un tarif énoncé à l’avance et payé avant même que la course ne commence, c’est la qualité de l’accueil et de la conduite. Bref, c’est la remise à neuf d’une prestation vieille comme le monde et qui avait besoin d’un sérieux coup de jeune.

Les chauffeurs de taxi n’acceptent pas la concurrence. Mais cette concurrence, ils l’ont souvent cherché ! Ils l’ont cherchée en ne se modernisant pas. Ils l’ont cherchée en fixant un numerus clausus dans les grandes villes pour assurer à leur licence un prix de revente élevé. Ils ont spéculé sur leur licence plus que sur leur service. Et comme tant d’autres métiers réglementés avant eux, ils ont pensé que l’Etat protégerait leur pré carré, synonyme d’immobilisme et d‘absence de remise en question.

Alors oui, cette histoire n'est que le prolongement d'un refus général porté par des corporations du siècle passé contre les nouveaux entrants (autoentrepreneur, VTC, Airbnb, ...). Cette histoire est douloureuse pour tous les artisans taxis qui voient leur chiffre d’affaires baisser, leur part de marché de morceler, leur image de marque s’effriter chaque jour de plus où ils font grève. Cette histoire est douloureuse pour l’argent investi dans une licence vendue par un artisan qui l’avait lui-même acheté à un artisan, qui l’avait lui-même acheté peu cher, voire l’avait obtenue gratuitement…

Cette histoire était pourtant déjà écrite et continuera à s’écrire demain : la loi Macron en porte les germes sur les transports en autocars de longue durée par exemple.

 

Par Grégroire Leclercq, Président de la Fédération des Auto-Entrepreneurs